Vous aimez le tango... vous devez connaître les grands classiques,
et commencer à retenir leurs titres !
Il s'agît des morceaux les plus connus de la "culture tango".
Nombreux sont les orchestres qui les ont joués,
nombreux sont les chanteurs qui ont réussi à les rendre mémorables.
En voici quelques exemples.
Si nous en avons omis quelques uns, écrivez-nous !
Por una cabeza
Volver
Yira.. Yira
Uno
Sur
Caminito
El choclo
La cumparsita
Mi Buenos Aires querido
El dia que me quieras
A media luz
Cambalache
Quejas de bandoneon
Adios muchachos
Cafetin de Buenos Aires
Canaro en Paris
Mala junta
La Morocha
Felicia
9 de julio
El amanecer
Re Fa Si
Derecho viejo
Mi noche triste (Lita)
Chiqué
Fumando espero
El once
Organito de la tarde
Recuerdo
Malena
Gricel
Gallo ciego
Los mareados
Garua
Percal
Libertango
Adios Nonino
Verano porteño
Naranjo en flor
LES PAROLES DE TANGO :
(traductions espagnol-français par Denise-Anne Clavilier);
(musique sélectionnée par Rodrigo Rufino)
Episode 3
Le sort des femmes
Le regard des auteurs de tango est bienveillant sur toutes les femmes, même lorsqu’ils font parler un amant trahi plein de ressentiment.
La prostitution sous toutes ses formes : de l’entraîneuse professionnelle du cabaret (milonguera) au pauvre tapin, en passant par la demi-mondaine des beaux quartiers. Toutes guettées par la même fin terrible : misère noire, mendicité, maladies vénériennes
Les lieux : le cabaret, le lupanar, la garçonnière, le bel appartement payé par l’amant
L’amant riche (bacán) qui casque mais lâchera sa maîtresse à la première ride, le bourgeois qui s’encanaille au cabaret avec les milongueras, le proxénète fier-à-bras (cafiolo, cafisho) et l’amoureux fauché et sincère, qui pleure l’indifférence de sa belle ou la traite de tous les noms
La fille-mère, gamine (piba, pebeta) naïve, victime d’un lâche séducteur qui n’est présent qu’en creux
La mère (madre, vieja) du voyou ou de la fille déshonorée, qui pleure sur son enfant
Denise Anne Clavilier est traductrice, essayiste, conférencière et rédactrice-éditrice du blog francophone Barrio de Tango sur l'actualité du tango argentin (http://www.barrio-de-tango.blogspot.com/www.barrio-de-tango.blogspot.com). Cette série de fiches sur les thématiques du répertoire est tirée d’un travail de recherche mis en forme dans un ouvrage illustré, aux allures de guide touristique à travers un ensemble de 231 tangos, commentés et présentés sous forme bilingue espagnol-français, à paraître en France au cours du 1er semestre 2010, aux Editions du Jasmin (http://www.editions-du-jasmin.com/www.editions-du-jasmin.com).
porque hay algo que te vende, yo no sé si es la mirada,
la manera de sentarte, de charlar o estar parada,
o ese cuerpo acostumbrado a las pilchas del percal.
Ese cuerpo que hoy te marca los compases tentadores
del canyengue de algún tango en los brazos de algún gil,
mientras triunfan tu silueta y tu traje de colores
entre risas y piropos de muchachos seguidores,
entre el humo de los puros y el champán de Armenonvil.
Son macanas: no fue un guapo haragán ni prepotente,
ni un cafishio de averías el que al vicio te largó;
vos rodaste por tu culpa, y no fuiste inocentemente:
¡berretines de bacana que tenías en la mente
desde el día en que un magnate cajetilla te afiló!
Yo me acuerdo: no tenías que ponerte;
hoy usás ajuar de seda con rositas rococó...
¡Me revienta tu presencia, pagaría por no verte!
Si hasta el nombre te has cambiado como ha cambiado tu suerte:
ya no sos mi Margarita... ¡ahora te llaman Margot!
Ahora vas con los otarios a pasarla de bacana
a un lujoso reservado del Petit o del Julien;
y tu vieja, pobre vieja, lava toda la semana
pa' poder parar la olla con pobreza franciscana
en el triste conventillo alumbrado a querosén.
On te repère de loin, feignasse embourgeoisée,
toi qui es née dans la misère d'un couvent (1) de
[faubourg
parce qu'il y a quelque chose qui te trahit, je ne sais
[si c'est le regard,
la manière de t'asseoir, de parler ou de prendre la [pause
ou ce corps habitué aux fringues de percale.
Ce corps qui aujourd'hui t'impose les mesures
[tentatrices
du canyengue d'un tango dans les bras d'un crétin
tandis que triomphent ta silhouette et tes tenues
[colorées
entre éclats de rire et compliments de jeunes gars qui
[te filent le train
dans la fumée des cigares et le champagne de
[l'Armenonville (2).
Des âneries ! C'est pas un caïd tir-au-flanc ou m'as-
[tu-vu,
ni un julot en carafe qui t'a jetée dans le vice.
C'est ta faute si tu as fait la culbute et tu savais ce
[que tu faisais.
Ces idées fixes de bourgeoise que tu avais dans la
[tête
depuis le jour où un nabab beau gosse t'a emballée !
Moi, je me souviens : tu n'avais presque rien à te
[mettre.
Maintenant tu as un trousseau en soie avec des
[petites roses rococco...
Ta présence me débecque, je payerais pour ne pas te
[voir !
Tu as même changé de prénom tout comme ta vie a
[changé.
Maintenant tu n'es plus ma Margarita...
[Maintenant, on t'appelle Margot !
Maintenant tu te la coules douce avec des abrutis
[comme une bourgeoise
dans un salon privé du Petit ou chez Julien (2)
et ta vieille, pauvre vieille (3), fait des lessives toute
[la semaine
pour pouvoir remplir la marmite avec une frugalité
[spartiate (1)
dans le triste conventillo éclairé au kerosène (4).
(1) Convento (diminutif : conventillo) : logements collectifs, précaires et insalubres, assimilés à des couvents parce que pauvres et inconfortables. A l'avant-dernier vers, il est aussi question de "pauvreté franciscaine". Les références catholiques sont plus courantes en Argentine qu'en France.
(2) Armenonville, Petit (Tabaris) et Julien : cabarets très huppés avec des noms français pour faire plus chic. Aujourd'hui, ils ont disparu.
(3) Vieja (vieille) : mère en lunfardo (langage populaire de Buenos Aires). Terme respectueux et affectueux, plus couramment utilisé que notre argot "ma vieille", "mon vieux".
(4) Le kérosène empeste et rend malade mais c'est beaucoup moins cher que la bougie.
Episode 2
Buenos Aires
La ville en général et l’amour que lui vouent ses habitants
La vie quotidienne : les amis, les gens, le café pour passer le temps, la milonga pour danser (bailar) et flirter (chamuyar), le tram et le bus (tranvía, bondi, colectivo), l’hippodrome pour parier et s’enflammer (à Belgrano puis à Palermo), les espaces verts pour se promener et parader (Palermo), le cabaret* des années 20, 30 et 40, institution politiquement ambigüe et moralement louche, où se côtoient et se toisent le patronat (clientèle de grands bourgeois et de notables) et le peuple (musiciens d’orchestre, danseuses-entraîneuses, garçons...)
L’identification au quartier (barrio) natal (surtout le sud et l’ouest, populaires : Almagro, Balvanera, Boedo, San Telmo, Barracas, Nueva Pompeya, La Boca ou Flores, Villa Crespo, Paternal...)
Deux rues emblématiques : Corrientes (artiste et bohême, d’est en ouest) et Florida (chic et mondaine, du centre au nord, de nos jours centre commercial à ciel ouvert)
Le port (l’avitaillement, au sud, à la Boca, sur le Riachuelo, et l’arrivée des immigrants, à l’est, sur le Río de la Plata)
La vie champêtre comme seuls des citadins peuvent l’idéaliser
* Les cabarets n'existent plus. Les derniers ont fermé en 1960, entraînant la disparition des grands orchestres qui y travaillaient et celle des entraîneuses qui en avaient fait la renommée interlope.
Denise Anne Clavilier est traductrice, essayiste, conférencière et rédactrice-éditrice du blog francophone Barrio de Tangosur l'actualité du tango argentin (www.barrio-de-tango.blogspot.com). Cette série de fiches sur les thématiques du répertoire est tirée d’un travail de recherche mis en forme dans un ouvrage illustré, aux allures de guide touristique à travers un ensemble de 231 tangos, commentés et présentés sous forme bilingue espagnol-français, à paraître en France au cours du 1er semestre 2010, aux Editions du Jasmin (www.editions-du-jasmin.com).
Cafetín de Buenos Aires
Tango - 1948
Música: Mariano Mores ~ Letra: Enrique Santos Discépolo
Enrique Santos Discépolo était un grand acteur comique, très engagé. Autodidacte érudit, dramaturge, metteur en scène, réalisateur, compositeur et poète, il vécut très longtemps entouré d’intellectuels et d’artistes anarchistes qui refaisaient le monde lors d’interminables discussions au café. Ses tangos broient du noir et évoquent souvent le suicide, mais lui-même est mort d’une crise cardiaque, le 23 décembre 1951.
De chiquilín te miraba de afuera
como a esas cosas que nunca se alcanzan...
La ñata contra el vidrio
en un azul de frío,
que sólo fue después viviendo
igual al mío...
Como una escuela de todas las cosas,
ya de muchacho me diste entre asombros
el cigarrillo,
la fe en mis sueños
y una esperanza de amor...
¿Cómo olvidarte en esta queja?,
cafetín de Buenos Aires,
si sos lo único en la vida
que se pareció a mi vieja.
En tu mezcla milagrosa
de sabihondos y suicidas,
yo aprendí filosofía, dados, timba
y la poesía cruel
de no pensar mas en mí...
Me diste en oro un puñado de amigos,
que son los mismos que alientan mis horas:
José, él de la quimera;
Marcial, que aún cree y espera;
y el flaco Abel, que se nos fue,
pero aún me guía...
Sobre tus mesas que nunca preguntan
lloré una tarde el primer desengaño;
nací a las penas,
bebí mis años
y me entregué sin luchar
Haut comme trois pommes, je te regardais du dehors
comme ces choses à jamais hors de portée...
Le museau contre la vitre
dans un bleuté de froid,
qui après n’eut jamais d’égal
que celui qui régnait en moi.
Comme une école de toutes choses
à peine plus vieux, tu m’as donné, pour mon ravissement,
la cigarette,
la confiance dans mes rêves
et l’espoir d’un amour...
Comment t’oublier dans mes doléances ?
petit café de Buenos Aires,
si tu es le seul dans ma vie
qui ait ressemblé à ma vieille (1).
Dans ton étonnant cocktail
de prétendus sages et de suicidaires,
j’ai appris la philosophie, les dés, le jeu
et l’atroce poésie
de ne plus penser à moi...
Tu m’as donné, rubis sur l’ongle, une poignée d’amis
qui sont ceux-là même qui encouragent mes jours :
José, l’homme à la chimère,
Martial, qui y croit encore et qui espère
et ce cher Abel qui nous a quittés
mais qui me guide toujours...
Sur tes tables, qui ne posent jamais de question,
j’ai pleuré un soir ma première déception ;
je suis né au chagrin,
j’ai bu mes années
et je me suis rendu sans me battre.
(1) mi vieja, mi viejo : ma mère, mon père, en lunfardo (parler populaire de Buenos Aires). Enrique Santos Discépolo avait perdu son père à l’âge de 5 ans et sa mère à l’âge de 9 ans.
(1) Employé en uniforme d’une ligne de tramway. A la fois poiçonneur, contrôleur et chef de convoi.
(2) Once : place et gare dans le quartier de Balvanera, à environ 1,7 km de Plaza Lorea (sur Plaza del Congreso, dans le quartier de Monserrat).
(3) Dá (dar), lectricidá (eléctricidad), artefato (artefacto), contato (contacto) : termes espagnols prononcés avec l’accent italien. Les métiers peu qualifiés étaient souvent exercés par des immigrants, dont 50% étaient Italiens (les patronymes argentins, très souvent italiens, en font foi aujourd’hui).
(4) Frisón : c’est un cheval de trait immortalisé par le poète Homero Manzi dans le tango Nobleza de Arrabal (1946, musique de Francisco Canaro). Manzi était un grand ami de Cátulo Castillo et de Aníbal Troilo. Il est mort le 3 mai 1951.
(5) Percale : tissu bon marché dont s’habillaient les femmes honnêtes du peuple.
Tres esquinas - Trois carrefours
Tango - 1941
Música: Ángel d'Agostino y Afredo Attadía - Letra: Enrique Cadícamo
Près de ses pans coupés (4), jeune homme, j’ai fait le paon,
J’ai déshabillé mon couteau pour un fol amour
Et j’ai vu dans les yeux d’une frippone
Le terreau ardent de ma passion.
[Il n'y a rien de plus chouette ni de plus bravache
que mon faubourg qui bourdonne
des caquetages de ses commères
et des boniments de Bouche en Coeur (5).
Bon vieux quartier qui a été la médaille
des exploits de ma jeunesse...
Je suis du quartier qui vit à part
dans ce siècle de Néo-Lux.] (6)
(1) En Argentine, la esquina (croissement de rues à angle droit) est un point de repère, comme les métros à Paris. Chaque coin de la ville a l’identité, le cachet que lui confère son esquina.
(2) Boire le maté (boisson nationale) est un rite de convivialité. L’équivalent de prendre l’apéro.
(3) Les cours particulières (patios) sont ombragées par des vignes vierges ou rampantes qui les recouvrent.
(4) ochava (pan coupé) : atténuation d’un angle droit sur un bâtiment d’angle. Un élément essentiel de la rue à Buenos Aires. Ici, ochava désigne à peu près la même chose que esquina.
(5) Picaflor : séducteur à la petite semaine.
(6) Couplet absent des disques des années 40. Neo-Lux est une marque.
Cette micro-étude exclusive, publiée en huit épisodes, vise à donner aux élèves quelques repères sur les tangos que Gisela Passi et Rodrigo Rufino utilisent pendant les cours, ceux qu’on peut entendre dans les milongas et qu’on trouve sur les disques dans les bacs en France, Belgique et Suisse, qu’on parle espagnol ou non.
Les différentes versions à écouter ont été sélectionnées par Rodrigo Rufino.
Episode 1
En guise d’introduction : ce qu’il faut savoir sur l’histoire
Vers 1875, une vague d’immigration, presque exclusivement masculine, débarque de toute l’Europe à Buenos Aires. Suspendu en 14-18, le phénomène s’arrête au cours des années 30. Rien que de 1870 à 1895, la population de la ville aura déjà augmenté de 370 %.